Il
pleut toujours sur Brest Et sans un poil de sec, J’essorerai
le reste En attendant Miossec, Dans des bars de fortune Où
l’interdit bancaire Est là, mis à la Hune De bateaux
délétères, Aux sombres arsenaux Qui nos malheurs
dissèquent, Je prendrai l’apéro En attendant Miossec.
Ça
fait bientôt quinze ans, C’est con quand on y pense, Qu’un
Saint Martin péchant Par manque de distance, M’a mêlé à
ses mots, Au café du matin, Nuit blanche et météo, P’tit
noir, mettez m’en un ! Ti’ Zef’ en rive droite, Y’a
nique en rive gauche, L’Elorn est maladroite Et moi je suis
très gauche.
Il pleut toujours sur Brest Et sans un poil de
sec, J’essorerai le reste En attendant Miossec. J’ai
Brest, oh, dans le sang, Au départ d’un garrot, Et comme un
poison lent, Je m’enfonce dans l’eau, Dans l’eau verte et
fermée De ce port en échec, De tant d’heures passées En
attendant Miossec.
à Monsieur Cosey,
dessinateur et scénariste de génie
Mon âme est peinte en blanc, Comme
la neige himalayenne, Le privilège du serpent, C'est
d'accepter l'histoire ancienne. Il faut que nous revienne L'envie
de ce présent, Que le passé reprenne Sa place doucement
! L'ami de Jonathan, Faut-il qu'il m'en souvienne, Sa
théorie pourtant Devient aussi la mienne ! Est-ce une blague
collégienne Quand Casimir Forel prétend Que nos peaux
reptiliennes Doivent tomber par moments ? Et ces
autocollants, Ces étiquettes qui nous tiennent, C'est en s'y
accrochant,
Qu'on alourdit nos pauvres peines
! C'est le chant des sirènes, La mue, c'est imminent ! Pour
partager l'hygiène Du privilège du serpent ! Tes bulles de
savant Pour cette histoire humaine, Contée par ton courant De
ligne claire indienne... Les cloches tibétaines Des
monastères, des résistants, Le trait de cime himalayenne A
ramené ton Jonathan, A la recherche de Peter Pan, Vers
l'Amérique cass’païenne, Vers Kate et ses serments, Vers
nos amours si incertaines. Pieds nus, je marche à perdre
haleine Sous des rhododendrons vibrant D'une mémoire
lycéenne Qu’en ont gardée tous les accents. Je guette dans
un ciel pesant, Parcelle que je voudrais mienne, L’espace
bleu vu un instant Entre les nuages de haine. Et sur des terres
qu’on fait siennes, En doctrine, en médicaments, Confessions
factices ces chaînes, Le privilège du serpent.
J'ai
envie de Paris, D'un Paris fou, D'un Paris pris, D'un Paris
où, Sans parti pris, Me pendre à ton cou, Toute la vie !
J'ai
envie de Paris, D'un Paris latin, D'un paradis cuit, Dans
les vapeurs de nos matins, Dans les vestiges de nos lits, Main
dans la main, Toute la nuit !
Et
nos grands crèmes, Sur le premier zinc du coin, T'en
souviens-tu quand même ? C'est pour demain ! Et mes raccourcis
trop longs, Marcher de Saint Germain Jusqu'à la gare de Lyon
! C'est pour demain ?
J'ai
envie de Paris, Comme d'une inconnue, Comme de tes écrits, De
tes poèmes de la rue, Que tu rédiges sous la pluie, Que tu ne
retiens plus, Tout est sorti !
J'ai
envie de Paris, Et de ses bords de Seine, Et de ton bras ma
mie, Et que tu me promènes, Et que tu es jolie ! De loin
qu'il m'en souvienne, Rien n'est fini !
Et
nos illusions traînent Sur tous ces parchemins, Nos mots
sont-ils nos chaînes ? C'est le destin ! Et nos raccourcis
parviennent A se frayer un chemin, Jusqu'à nos âmes pleines
! C'est le destin ?
J'ai
envie de Paris, D'un Paris mutuel, D'un Paris pour deux
vies, Du métro Saint Michel, D'un Paris pour pari, Où tu
es la plus belle, Tous les lundis !
J'ai
envie de Paris, Comme les hirondelles Reviennent quand
finit L'hiver et que dégèlent Les pavés de Paris Sous tes
larmes fidèles, Tout nous sourit !
Et
les correspondances du matin, Et le dernier métro la
nuit, Sais-tu mon rêve et mes desseins ? Tu es en vie ! Et
je me veux contre ton sein, Et je me veux dans ton esprit, Pour
y rester sans fin ! Tu as envie ?