samedi 25 juillet 2015

Le Pont Romain






Comme un vieux con sur un vieux pont,
j'écris l'écho du temps qui passe
comme un ruisseau qui lui répond
quand le vieux pont n'est plus qu'impasse.

J'avais dit-on, de l'or aux mains,
dilapidé en fils prodigue,
car sous mon arche un pont romain
n'aura pas su dresser de digue.

Jamais dicton n'ira si bien,
ni parabole à cette élite
incapable à garder ses biens
comme un vieux pont qui se délite.

Pourtant des quelques vieilles pierres
tenant encore un peu debout,
on oublierait la mise en bière,
puisqu'elles joignent les deux bouts.

C'est à ça que sert un vieux pont
quand bien même fut-il en ruine :
c'est souvent quand nous dérapons,
à franchir des torrents de bruine,

à s'évader de sa Jeunesse
sans pour autant l'abandonner,
car du vieux pont c'est la prouesse :
il peut d'un âge randonner.

Et tout surnage alors de lui,
si bien qu'il chût, quoique il dérive,
l'astral éclat dont il a lui
en nous poussant vers l'autre rive.

lundi 20 avril 2015

L'être anonyme

With You by Smoke City on Grooveshark


Égaré le nom de ma ville,
Égarées mes amours éperdues,
Égarés mes choix difficiles
jouant Don Juan-les-Pins perdu ;
égaré même en vrai mon nom
dans le sable blond vénitien
de son sourire où son prénom
retint le mien du tien, du sien.

Je me suis alors décidé
– par avant portant l'avenir –
et par étambot déridé
de saillir les proues à punir
par la poupée de son du blé
que l'on ramasse à la mousson
des petits ports que l'on déblaie
et des p'tits noms qu'nous amassons.

Puis j'ai laissé La Baule aux niaises
(à leurs gestations balnéaires),
leurs seins – brève intention sans aise –
aux bals des pompiers linéaires,
déroulant les longs spaghettis
de leur pompe à tube exotique
(hormis dans le Serengeti,
hormis de manière extatique).

J'ai dessiné (j'aidais Siné),
J'étais Charlie, j'ai tes chars lus
par des tombereaux destinés
à cuire en des papiers alu',
un peu comme les juifs aux camps,
comme les arméniens du rien,
comme un dernier des Mohicans
ou des otages sahariens.

lundi 24 mars 2014

MISS CAROLE (republication de ce texte de mars 2006)

Miss Maggie by Renaud on Grooveshark



Dans l'univers télévisuel
Dont on rempli not' pauvre vie,
Il n'y'a pas chose plus cruelle
Que les programmes que l'on subit..
Passé le taf' et ses emmerdes,
Les heures de métro déconfit,
Comm' un canard rejoint sa merde
Devant la lucarne, alanguit...
On voit défiler les images,
Excusant nos pannes de chair,
Et les migraines des mirages,
Surtout les yeux d'Carole Gaessler !

Tous deux tranquillement vautrés
Au prime time d'un plateau repas,
Une fois les enfants couchés,
On va dévorer le rata...
Des catastrophes naturelles,
Du sang, des larm', des attentats,
Et des simagrées culturelles
De ministres en panne de voies...
Mais dans les urnes cathodiques
De l'audimat anti-matière,
Il y'a du vide romantique,
Mais y'a les yeux d'Carole Gaessler !

Ce soir c'est la prise de risque,
C'est champion's league ou Delarue,
Il faudra bien changer de disque,
Sinon c'est finir à la rue...
Mais tout' la s'maine c'est la musique
Du couple qui s'emmerde en vain
A trouver le programme unique
Qui va le le mener à sa fin...
Car aucune vie ne vaut la mire
Qui s'affiche au dessert,
Sans Chantilly, sa couleur vire
A cell' des yeux d'Carole Gaessler !

Dans les sit'coms, dans la star ac',
Y'a du fantasme à petit prix,
C'est un acide et ça attaque
Autant les grands que les petits...
Et pour passer à la télé,
On tuerait père et mère et mie,
Sans se soucier du sang versé
Pour des secondes au "juste prix"...
Et dans nos marasmes passifs
De spectateurs assez vulgaires,
Rien ne rattrape les poncifs,
A part les yeux d'Carole Gaessler !

Fini le rêve évanescent
De la speak'rine endimanchée,
Faut consommer les cent pour cent,
Truffés de la publicité...
Plus rien ne nous remue le sang,
Pas même les pannes de jus,
Quand ça arrive il faut vraiment
Trouver l'eau vive à nos accus...
Car solitude et désespoir,
Dans ce grand monde solitaire,
N'ont que la couleur des miroirs,

Mêm' pas des yeux d'Carole Gaessler !

lundi 10 mars 2014

Arthur (Chanson)

Big My Secret by Michael Nyman on Grooveshark


Souvenez-vous, vos dix-sept ans, 
étaient-ils durs ou consentants ? 
Etiez-vous Paris-anarchistes 
ou d'un Harlem mal socialiste ? 
Rappelez-vous - adolescent - 
des passés dépecés, de sang, 
puis des reflets opalescents 
des fées d'un poète indécent : 
ses vert(es) et ses pas mûr(es) insistent, 
la jeune France est pas raciste ! 

C'était, Arthur, un beau garçon, 
par rapport au vilain Villon 
qui nous comblait de macchabées, 
danse macabre à Montcorbier... 
C'était, Arthur, un beau dealer 
de poésie qui nous dit l'heure 
affichée par un Baudelaire 
addict aux grisailles de l'air. 
C'était, Arthur, un beau naufrage, 
où n'eurent point l'égal de l'âge 
- puisque le sexe est bien vers l'aine - 
les sanglots longs de Paul Verlaine. 

La page usée garde la trace 
des gladiateurs issus de Thrace 
et des lutteurs dont l'éternelle 
écorchure est la ritournelle ; 
redevenez donc communards, 
enfants destinés comme un art ! 
L'intellectuelat des connards 
sera cauchemar aux canards ; 
que le fouet de Lamartine ait 
sagacité d'un martinet. 

C'était, Arthur, un beau garçon, 
par rapport au vilain Villon 
qui nous comblait de macchabées, 
danse macabre à Montcorbier... 
C'était, Arthur, un beau dealer 
de poésie qui nous dit l'heure 
affichée par un Baudelaire 
addict aux grisailles de l'air. 
C'était, Arthur, un beau naufrage, 
où n'eurent point l'égal de l'âge 
- puisque le sexe est bien vers l'aine - 
les sanglots longs de Paul Verlaine. 

Nous fûmes un Cigarillo 
aux lèvres des plus grands idiots, 
et l'illusion d'une cibiche 
à celles des plus belles biches ; 
si nous étions adulte enfant, 
c'était pour être un cerf en faon, 
et le mirage enfin défend 
notre mémoire d'éléphant. 
Nous vivons pareils à l'aurore, 
nous relevant de Maldoror. 


C'était, Arthur, un beau garçon, 
par rapport au vilain Villon 
qui nous comblait de macchabées, 
danse macabre à Montcorbier... 
C'était, Arthur, un beau dealer 
de poésie qui nous dit l'heure 
affichée par un Baudelaire 
addict aux grisailles de l'air. 
C'était, Arthur, un beau naufrage, 
où n'eurent point l'égal de l'âge 
- puisque le sexe est bien vers l'aine - 
les sanglots longs de Paul Verlaine.

vendredi 7 février 2014

L'impermanence





Nous ne nous voyons pas vieillir,
inaugurer les chrysanthèmes
qu'à force ignoble d'avilir
on cède en pétale aux « je t'aime » ;
mais
née de promesse impermanente,
errant au creux de nos synapses,
je n'ai su quelle eau rémanente
ôter de nos lourdeurs relapses.

Elle irradiait comme un cancer
en ré mineur et do meurtri,
comme un wagon carré qu'enserre
un démineur que l'humeur trie,
ou
ces mécréants pourris d'artistes
qui soldent leurs dents pour de l'or
et du sable au lieu d’améthyste,
et des couleurs pour l'incolore.

L'eau lourde avait une période
issue de l'horloge atomique :
avalant nos comprimés d'iode,
« à l'aide » était cri famélique,
et
se mesurant au sablier,
le colosse au guêpier d'argile
offrait le choix de s'oublier
comme nous attendons d'Achille.

Puis le vent souffla la tempête,
un nuage enfla de mes phrases ;
un tonnerre imprimant trompette
aux partitions de nos emphases ;
donc,
nous n'étions plus que des baleines,
et par appui, de grands plongeurs,
des infinis au fond des plaines
et des fantasmes en gageure.

Où sont nos monstres bienveillants ?
Où sont l'Hydre et le Basilic ?
Où sont nos rêves réveillant
l'envers qui nie notre ombilic ?
Or,
Ces questions sont un univers
à l'endroit des lourdeurs humaines,
et Liliputh à Gulliver,
autant de cidres à Chimène.

Si tout le monde triche autour
d'un jeu fallacieux qui mendie
la présence des fous, des tours,
mais pas des rois ni des non-dits,
ni
des pauvres reines invasives :
elles sont seules à régner
sur quelques toiles abrasives,
mais pas sur ce que vous craignez...

Parfois, la procrastination
s'avère être un fruit défendu :
pour un vers, Adam, damnation,
pour Ève haine aimant des fendues,
car
n'est pas prévu la moindre entracte
en nos agendas cirrhosés,
tant que le temps se décontracte
dans une goutte d'heure osée.

samedi 31 août 2013

Mais mais en même temps

Have a Cigar by Floyd, Pink on Grooveshark



L'usine à fabriquer les pires expressions
dans le milieu professionnel est un must-have,
sans doute sa vraie force de proposition,
le buzz qui prend le lead à force de mots Grav' !

A la pelle on y sert des valeurs ajoutées,
au jour d'aujourd'hui anxiogène et chronophage,
les lieux n'y sont plus pleins, se retrouvent blindés,
où l'on revient vers toi par défaut de chauffage...

Qui, celui qui par jeu nous donnera son Go ?
Qui pour faire un retour d'infos à cascader ?
Non-stop l'humain se met en mod'machine Ego !

Sans pour autant vouloir s'amuser à bitcher,
on pourrait se trouver l'expression qui va bien,
mais mais en même temps : je dis ça je dis rien !

mercredi 14 août 2013

Le moulin à Paroles

Que reste-t-il de nos amours ? by Boris Vian on Grooveshark


Je me souviens de ma Jeunesse,
mieux que d'un Dieu livre de messe,
égrainant seul, ivre de joie,
mes dix-sept ans petit-bourgeois.

Au Chapelet - les hâles bleus -
des mois d'aimées, des jours heureux,
j'ai dévidé les pellicules
de mes étés de canicules.

C'est fou ce qu'il fait beau dans l' "Hier"
du tronc sparadrapé de Lierre
de nos cerveaux qu'escroquerie
se tranche en parts de "Vache qui rit".

Tranches d'age et tranches de vie,
souvent ma mémoire en dévie...
On ne peut trop jouer les Saint-Just :
aux vers tout souvenir s'ajuste !

Alors mon crâne est mon moulin,
et le temps l'eau qui d'un câlin
meule les grains du Chapelet
de ces images rappelées.

J'obtiens ces mots qui s'enfarinent
de cette poudre aux yeux marine,
produit des longues traversées
et de quelques sanglots versés.

Ainsi s'engendrent mes "Paroles",
tant de petites fumerolles
qui de Gainsbourg jusqu'à Prévert,
nous mirent la tête à l'envers.

Mais après tout, je ne sais pas
si je puis emboîter le pas
de ces auteurs dans leurs caveaux,
tant sont à se croire un nouveau.

samedi 8 juin 2013

En attendant Miossec (texte écrit en 2006)

Non non non non (je ne suis plus saoul) by Miossec on Grooveshark


Il pleut toujours sur Brest
Et sans un poil de sec,
J’essorerai le reste
En attendant Miossec,
Dans des bars de fortune
Où l’interdit bancaire
Est là, mis à la Hune
De bateaux délétères,
Aux sombres arsenaux
Qui nos malheurs dissèquent,
Je prendrai l’apéro
En attendant Miossec.

Ça fait bientôt quinze ans,
C’est con quand on y pense,
Qu’un Saint Martin péchant
Par manque de distance,
M’a mêlé à ses mots,
Au café du matin,
Nuit blanche et météo,
P’tit noir, mettez m’en un !
Ti’ Zef’ en rive droite,
Y’a nique en rive gauche,
L’Elorn est maladroite
Et moi je suis très gauche.


Il pleut toujours sur Brest
Et sans un poil de sec,
J’essorerai le reste
En attendant Miossec.
J’ai Brest, oh, dans le sang,
Au départ d’un garrot,
Et comme un poison lent,
Je m’enfonce dans l’eau,
Dans l’eau verte et fermée
De ce port en échec,
De tant d’heures passées
En attendant Miossec.

vendredi 8 mars 2013

Le privilège du serpent (texte cybérien écrit en 2005)

Easter Night Procession by Gurdjieff - Keith Jarret on Grooveshark


à Monsieur Cosey, dessinateur et scénariste de génie

Mon âme est peinte en blanc,
Comme la neige himalayenne,
Le privilège du serpent,
C'est d'accepter l'histoire ancienne.
Il faut que nous revienne
L'envie de ce présent,
Que le passé reprenne
Sa place doucement !
L'ami de Jonathan,
Faut-il qu'il m'en souvienne,
Sa théorie pourtant
Devient aussi la mienne !
Est-ce une blague collégienne
Quand Casimir Forel prétend
Que nos peaux reptiliennes
Doivent tomber par moments ?
Et ces autocollants,
Ces étiquettes qui nous tiennent,
C'est en s'y accrochant,
Qu'on alourdit nos pauvres peines !
C'est le chant des sirènes,
La mue, c'est imminent !
Pour partager l'hygiène
Du privilège du serpent !
Tes bulles de savant
Pour cette histoire humaine,
Contée par ton courant
De ligne claire indienne...
Les cloches tibétaines
Des monastères, des résistants,
Le trait de cime himalayenne
A ramené ton Jonathan,
A la recherche de Peter Pan,
Vers l'Amérique cass’païenne,
Vers Kate et ses serments,
Vers nos amours si incertaines.
Pieds nus, je marche à perdre haleine
Sous des rhododendrons vibrant
D'une mémoire lycéenne
Qu’en ont gardée tous les accents.
Je guette dans un ciel pesant,
Parcelle que je voudrais mienne,
L’espace bleu vu un instant
Entre les nuages de haine.
Et sur des terres qu’on fait siennes,
En doctrine, en médicaments,
Confessions factices ces chaînes,
Le privilège du serpent.