mardi 25 juillet 2017

Au fil de l'eau

Au fil de l'eau vont les secondes
et les ruisseaux qui vagabondent.
Au fil du temps vont les enfants
qu'on voit grandir — on s'en défend...
Le fil de fer en fil de terre
électrisa nos caractères.
Au fil de l'eau les fils se rompent
entre ces uns que l'autre trompe.
Et nos "Amours Décomposés"
sur le fil du rasoir posés,
du fil de l'eau n'ont conservé
que leur portrait tout délavé.
Du fil-de-fériste acrobate
on n'a caquet qu'on nous rabatte.
Au fil de l'eau vont les promesses
et le mariage oublie sa messe.
Au fil de l'eau va le serment
qui serpente entre les amants.

dimanche 24 avril 2016

Lamballe (republication d'un texte de l'automne 2006)

Puisqu'il fallait qu'elle l'emballe,
Comme un tango dans un lent bal,
Faisant tourner cerfs-volants, balles,
Sa tête et son cerveau, Lamballe...

Puisqu'il fallait que je l'aimasse,
Ses jolis seins, que je les masse,
Tout tout léger, sans poids la masse,
D'un soir passé comme on l'amasse...

Ils ont gardé leur nuit d'hôtel
Au chaud, pour en parler au tel,
L'humain sacrifice à l'autel,
D'autres plaisirs se prévaut-elle ?

Alors, j'ai pris sa nuit bretonne
Contre sa cuisse où l'ombre tonne,
De petits bruits dont nombre étonne,
S'il faut peser, que sombrent tonnes !

Puisqu'il fallait qu'elle l'emballe,
Comme un tango dans un lent bal,
Pour une nuit, sans son, cent balles,
Encor Bell'ment, maison, Lamballe.

dimanche 28 février 2016

Tahiti, 1916 (republication d'un texte de 2005)



Je ne viens que d'avoir 10 ans,
En Europe la guerre fait rage,
Les tranchées sont remplies de sang,
Moi, ici, tout seul, je nage...

Je goûte à des plaisirs d'enfant
Dans ce paradis sauvage,
Depuis bientôt plus d'un an,
Papeete pour paysage...

L'école est pourtant là,
Avec cette mission pour ancrage,
Ces quelques frères pénitents
Donnent leur savoir en partage.

Et dans ces rythmes indolents,
Tel un immense sarcophage,
L'archipel offre ses présents
A ses voyageurs de passage...

Les cocotiers toujours présents,
Rafraîchissants, de leur ombrage,
Abritent des crabes grimpants
Dont on fait d'immenses saccages.

Ici les fruits sont abondants,
Et la nature nous engage
A profiter du temps présent
Comme d'un rite anthropophage.

Les filets dans les lagons brillants,
Ramènent dans leur fin maillage,
De longs poissons tout ruisselants
Que l'on récolte sans ambages.

Et dans leurs beaux reflets d'argent,
Il y a toujours ces coquillages,
Ces huîtres plates renfermant
Les perles dont elles sont la cage.

Mais attention, sois vigilant !
De cet Eden aux cent visages,
Serpent-minute peut prestement
Te renvoyer dans les nuages...

Aller pêcher le requin blanc,
Le monstre de ces beaux rivages,
A coups de rames sur l'océan
Pour le rabattre vers la plage.

Le requin bleu pour les enfants,
Amphibiens dès leur plus jeune âge,
Est un jeu simple et amusant
Dont la mâchoire sert de gage.

Les indigènes sont charmants,
La tahitienne a cette image
De la beauté de ses vingt ans,
Fanant comme un vague mirage...

Mais son regard de firmament
Ferme un moment le noir passage
Qui nous ramène incessamment
A l'horizon de nos naufrages.

Sous un soleil abrutissant,
Les pirogues à l'abordage
De l'arrivée d'un vieux gréement
Qui vient se poser au mouillage.

Le bateau s'entoure des chants
De ces hommes dont le courage,
La puissance et les gestes lents
Forcent le respect et l'hommage.

Sous sa coque les adolescents
S'amusent à faire des passages,
Les poumons pleins d'un air plongeant,
Laissant ses bulles pour sillage.

A la capitainerie mon père attend
D'enregistrer les arrivages,
Maître fourrier qu'un sort clément
A maintenu loin du carnage.

Il guette son croiseur allemand,
Le Bismarck est dans les parages,
De guerres lointaines, signe planant,
De ces tueries, mauvais adage...

Ma mère écrit pendant ce temps,
Et chaque jour noircit les pages
Du quotidien de ces jours lents,
Aux antipodes de l'outrage.

Et moi je pense secrètement,
Regardant leur curieux ramage,
Que ces oiseaux de mon présent,
Resteront ceux de mes voyages.

Dans mon futur assurément,
Tous les fruits de mon mariage,
Mes filles et leurs enfants
Sauront le goût de ces rivages.


A Tahiti, j'ai eu dix ans,
De moi restera cette image,
Ma mère et mon père m'entourant,
Mille neuf cent seize, pas davantage...

mercredi 16 septembre 2015

La pauvreté




La pauvreté, je la connais bien.
Mais elle a plein de formes la pauvreté :
Elle peut être à des vauriens
Construits depuis l'honnêteté
Elle peut être évidemment pécuniaire
Comme en des républiques bananières
Mais également intellectuelle
Bien loin des feux de Ramatuelle
Elle peut être de l'âme
De fond
De femme
Et de large en long
Elle peut être du langage
Ou peut-être de l'âge
Lorsque le cœur mendie
Et que plus rien ne m'en dit
Elle est peut-être sur nos râbles
En nous faisant ses misérables.

samedi 1 août 2015

Le sale air de rappeur






Moi, j'aurais bien voulu du sale air de rappeur,
à slamer acclamé par la foule en délire,
avec mon porte-mine et mes yeux de sniper,
pour troquer par du Ska la belle ode à la lyre...

Je l'aurais mérité le sale air de rappeur,
bien chargé ça comme en tri-nitroglycérine.
Hé ! Mon camion n'est pas à voile ou à vapeur
et mes textes ne sont pas finis dans l'urine.

Mes bébés sont l'acide où je charge un accu',
les batt'ries d'ma cuisine où je sers de timbale,
face à ce monde odieux où deux/trois trous-du-cul
se servent du symbole en guise de cymbales.

Alors de mes mots l'Art, leur grand corps psychopathe,
se crashera dans l'ombre de l'ardu labeur,
changeant en cochonnet l'animal à cinq pattes
justifiant illico son sale air de rappeur.



samedi 25 juillet 2015

Le Pont Romain






Comme un vieux con sur un vieux pont,
j'écris l'écho du temps qui passe
comme un ruisseau qui lui répond
quand le vieux pont n'est plus qu'impasse.

J'avais dit-on, de l'or aux mains,
dilapidé en fils prodigue,
car sous mon arche un pont romain
n'aura pas su dresser de digue.

Jamais dicton n'ira si bien,
ni parabole à cette élite
incapable à garder ses biens
comme un vieux pont qui se délite.

Pourtant des quelques vieilles pierres
tenant encore un peu debout,
on oublierait la mise en bière,
puisqu'elles joignent les deux bouts.

C'est à ça que sert un vieux pont
quand bien même fut-il en ruine :
c'est souvent quand nous dérapons,
à franchir des torrents de bruine,

à s'évader de sa Jeunesse
sans pour autant l'abandonner,
car du vieux pont c'est la prouesse :
il peut d'un âge randonner.

Et tout surnage alors de lui,
si bien qu'il chût, quoique il dérive,
l'astral éclat dont il a lui
en nous poussant vers l'autre rive.

lundi 20 avril 2015

L'être anonyme

With You by Smoke City on Grooveshark


Égaré le nom de ma ville,
Égarées mes amours éperdues,
Égarés mes choix difficiles
jouant Don Juan-les-Pins perdu ;
égaré même en vrai mon nom
dans le sable blond vénitien
de son sourire où son prénom
retint le mien du tien, du sien.

Je me suis alors décidé
– par avant portant l'avenir –
et par étambot déridé
de saillir les proues à punir
par la poupée de son du blé
que l'on ramasse à la mousson
des petits ports que l'on déblaie
et des p'tits noms qu'nous amassons.

Puis j'ai laissé La Baule aux niaises
(à leurs gestations balnéaires),
leurs seins – brève intention sans aise –
aux bals des pompiers linéaires,
déroulant les longs spaghettis
de leur pompe à tube exotique
(hormis dans le Serengeti,
hormis de manière extatique).

J'ai dessiné (j'aidais Siné),
J'étais Charlie, j'ai tes chars lus
par des tombereaux destinés
à cuire en des papiers alu',
un peu comme les juifs aux camps,
comme les arméniens du rien,
comme un dernier des Mohicans
ou des otages sahariens.

lundi 24 mars 2014

MISS CAROLE (republication de ce texte de mars 2006)

Miss Maggie by Renaud on Grooveshark



Dans l'univers télévisuel
Dont on rempli not' pauvre vie,
Il n'y'a pas chose plus cruelle
Que les programmes que l'on subit..
Passé le taf' et ses emmerdes,
Les heures de métro déconfit,
Comm' un canard rejoint sa merde
Devant la lucarne, alanguit...
On voit défiler les images,
Excusant nos pannes de chair,
Et les migraines des mirages,
Surtout les yeux d'Carole Gaessler !

Tous deux tranquillement vautrés
Au prime time d'un plateau repas,
Une fois les enfants couchés,
On va dévorer le rata...
Des catastrophes naturelles,
Du sang, des larm', des attentats,
Et des simagrées culturelles
De ministres en panne de voies...
Mais dans les urnes cathodiques
De l'audimat anti-matière,
Il y'a du vide romantique,
Mais y'a les yeux d'Carole Gaessler !

Ce soir c'est la prise de risque,
C'est champion's league ou Delarue,
Il faudra bien changer de disque,
Sinon c'est finir à la rue...
Mais tout' la s'maine c'est la musique
Du couple qui s'emmerde en vain
A trouver le programme unique
Qui va le le mener à sa fin...
Car aucune vie ne vaut la mire
Qui s'affiche au dessert,
Sans Chantilly, sa couleur vire
A cell' des yeux d'Carole Gaessler !

Dans les sit'coms, dans la star ac',
Y'a du fantasme à petit prix,
C'est un acide et ça attaque
Autant les grands que les petits...
Et pour passer à la télé,
On tuerait père et mère et mie,
Sans se soucier du sang versé
Pour des secondes au "juste prix"...
Et dans nos marasmes passifs
De spectateurs assez vulgaires,
Rien ne rattrape les poncifs,
A part les yeux d'Carole Gaessler !

Fini le rêve évanescent
De la speak'rine endimanchée,
Faut consommer les cent pour cent,
Truffés de la publicité...
Plus rien ne nous remue le sang,
Pas même les pannes de jus,
Quand ça arrive il faut vraiment
Trouver l'eau vive à nos accus...
Car solitude et désespoir,
Dans ce grand monde solitaire,
N'ont que la couleur des miroirs,

Mêm' pas des yeux d'Carole Gaessler !

lundi 10 mars 2014

Arthur (Chanson)

Big My Secret by Michael Nyman on Grooveshark


Souvenez-vous, vos dix-sept ans, 
étaient-ils durs ou consentants ? 
Etiez-vous Paris-anarchistes 
ou d'un Harlem mal socialiste ? 
Rappelez-vous - adolescent - 
des passés dépecés, de sang, 
puis des reflets opalescents 
des fées d'un poète indécent : 
ses vert(es) et ses pas mûr(es) insistent, 
la jeune France est pas raciste ! 

C'était, Arthur, un beau garçon, 
par rapport au vilain Villon 
qui nous comblait de macchabées, 
danse macabre à Montcorbier... 
C'était, Arthur, un beau dealer 
de poésie qui nous dit l'heure 
affichée par un Baudelaire 
addict aux grisailles de l'air. 
C'était, Arthur, un beau naufrage, 
où n'eurent point l'égal de l'âge 
- puisque le sexe est bien vers l'aine - 
les sanglots longs de Paul Verlaine. 

La page usée garde la trace 
des gladiateurs issus de Thrace 
et des lutteurs dont l'éternelle 
écorchure est la ritournelle ; 
redevenez donc communards, 
enfants destinés comme un art ! 
L'intellectuelat des connards 
sera cauchemar aux canards ; 
que le fouet de Lamartine ait 
sagacité d'un martinet. 

C'était, Arthur, un beau garçon, 
par rapport au vilain Villon 
qui nous comblait de macchabées, 
danse macabre à Montcorbier... 
C'était, Arthur, un beau dealer 
de poésie qui nous dit l'heure 
affichée par un Baudelaire 
addict aux grisailles de l'air. 
C'était, Arthur, un beau naufrage, 
où n'eurent point l'égal de l'âge 
- puisque le sexe est bien vers l'aine - 
les sanglots longs de Paul Verlaine. 

Nous fûmes un Cigarillo 
aux lèvres des plus grands idiots, 
et l'illusion d'une cibiche 
à celles des plus belles biches ; 
si nous étions adulte enfant, 
c'était pour être un cerf en faon, 
et le mirage enfin défend 
notre mémoire d'éléphant. 
Nous vivons pareils à l'aurore, 
nous relevant de Maldoror. 


C'était, Arthur, un beau garçon, 
par rapport au vilain Villon 
qui nous comblait de macchabées, 
danse macabre à Montcorbier... 
C'était, Arthur, un beau dealer 
de poésie qui nous dit l'heure 
affichée par un Baudelaire 
addict aux grisailles de l'air. 
C'était, Arthur, un beau naufrage, 
où n'eurent point l'égal de l'âge 
- puisque le sexe est bien vers l'aine - 
les sanglots longs de Paul Verlaine.