lundi 17 janvier 2011

Le rapièce-maîtresses

Il entend toutes les rancœurs
des midinett' au blanc vaincu,
car il recoud les trous du cœur
que font tout' les histoir' de cul,
avec du fil en déni long
sur chaque triste vérité,
du doigt d'un dé d'où mamelon
d'une auréol' s'trouve hérité !

Il n'est d'essaim auquel se vouer
dans si triste bourdonnement,
la cruche « allo » s'en est allée
et la belle au premier amant ;
l'amour par ondes magnétiques
voyage aux vents d'un monde hertzien,
le mensonge est comme une tique
suçant l'encens des lits du sien...

Il entend les p'tit' demoiselles
pleurer ces amours trop mariés,
ces libellules s'amoncellent
aux bras des amants avariés.
Mais lui n'est que ce nénuphar,
papier-lotus où se moucher,
quoique parfois il soit un phare :
la dragueuse a droit de loucher !

lundi 26 juillet 2010

Le chaumeur

Je suis fauché comme les blés
et mes semailles ont tout faux,
puisqu'à part ça rien n'a germé,
c'est un salaire qu'il me faut !

Je n'ai pas même un vrai métier
à teaser quelque bonne humeur,
rien que l'idée que vous m'aidiez
me ramène au sort de chaumeur :

voyez la paille dans mon œil,
ma faucille est rendue marteau !
Bientôt la soupe au bon accueil
sera ma ration de prolo...

Me faut-il rempailler les chaises
après avoir purgé ma peine ?
Pour que le bourgeois soit à l'aise,
le chaume à son cul dit « Amen ! »

Tout est pouvoir et soumission,
et le breuvage est à l'oseille !
Car dans tant de compromissions,
pas un clown n'a le nez groseille...

Chacun cultive son jardin
en détournant les eaux des autres,
le président en est le nain
et dans les zoos sont ses apôtres.

Et puisqu'il faut faire du foin,
on fait appel à ces chaumeurs
que l'on dit revenus de loin,
pour qu'à la tâche ainsi se meurent...

Oh, ma complainte est misérable...
mais le couperet que j'agite
et qui me tombe sur le râble,
menace aussi ceux de l'élite.

jeudi 22 juillet 2010

Petits quatrains qu'on trop embrasse et mal étreint

Si la masturbation
est à l'entraînement
ce que l'accouplement
est aux compétitions,

si tant de bovarysme
étouffe nos pudeurs
et que jusqu'à plus d'heure
on fait d'un boul'vard isthme,

si les sexes se serrent
comme le gras des fesses
dès lors que l'on professe
autrement qu'au dessert,

Laissez glisser les rimes
sur les décolletés
et les déculottées
au creux de nos déprimes.

lundi 1 mars 2010

Après l'amour





Que reste-t-il après l'amour ?
quelques clopes qui se consument ?
sans que jamais nous cons ne sûmes
comment qu'on s'aime pour toujours ?
Que reste-t-il après l'amour ?
sinon qu'un constat fratricide
de deux cœurs baignant dans l'acide
qu'ils irradient de leurs maux lourds ?

Que reste-t-il de nos passions
lorsque leur jus fut soutiré ?
que les jolis dessous tirés
à quatre épingles sont rations ?
Que reste-t-il de nos passions
lorsque leurs fruits se sont moisis
dans la corbeille où l'un choisit
le sein de l'une et l'émotion ?

Que reste-t-il de nos promesses ?
des lendemains de scienc' friction ?
et de nos vaines convictions
que l'on prêchait comme une messe ?
Que reste-t-il de nos promesses ?
des avenirs en portefeuille ?
des marguerites qu'on effeuille ?
des collections d'histoir' de fesses ?

Que reste-t-il après l'amour
sinon ses traces sur les draps
et ses odeurs au creux des doigts ?
Tout se nettoie même les fours !
J'ai sanglé les violons d'octobre
dans le sanglant étui du jour,
car quand n'est plus ce sale amour,
Il ne nous reste qu'amour-propre.

jeudi 11 février 2010

Grandir





À ma fille fAnna' des chevaux,
à mon fils, éminent zHugologue,



C'est l'histoire, ou plutôt, c'était la préhistoire
de l'hyracotherium, du rêve péremptoire
de ce petit bonhomme haut comme trois sonnets,
et de ce Dieu dévot auquel il vint sonner.

« – Dieu ! Je veux devenir un périssodactyle !
– Mais n'as-tu donc point peur que périsse – ô tactiles –
tes doigts dans la gageure ? en un choix trop facile,
tes sens à l'avenir, des membres préhensiles ? »

« Je veux mieux qu'un lapin, découvrir les arpents,
plus vite qu'un zéphyr, me changer en tarpan,
Je voudrais devenir cheval de Przewalski,
au piano de Chopin, plus vite que les skis ! »

Et comme Dieu, tout pâle, eut dit « à tes souhaits ! »
il sut en cet instant qu'il devait l'exaucer ;
puis tant qu'en repartant, fier de son tour bien fait,
Dieu dit au p'tit cheval d'aller s'faire ongulé !



lundi 21 décembre 2009

Aléa

C'est un petit trou de grisaille
où l'autre hiberne certains soirs,
sans repriser les représailles
sur quoi lui ne peut s'asseoir.
C'est la face triste du monde,
l'odieux Janus est constipé,
et sa grimace quoiqu'il fonde,
est laide et stéréotypée.

Les jours s'en vont comme des herbes
lancées au vent pour l'humecter,
et nos provences se désherbent
des faims qui sont insuspectées.
Parfois l'orage tonne aussi,
son poids de plombs sur les plateaux
de la balance pèse ainsi,
pesant que de penser plutôt...

Les jours s'en vont, quoiqu'il en soit,
et le temps comme des bas file,
se moquant de tout quant-à-soi
et des humeurs aquariophiles :
laissez-lui le pouvoir du beau,
des éclaircies et du soleil,
si vous le pouvez, mettez haut
sa belle bannière arc-en-ciel.

mardi 8 décembre 2009

Calligrammairien







Calligramme de Guillaume Apollinaire


Ce fut auprès d'Apollinaire
que j'appris la calligrammaire ;
il n'en fit pourtant pas beaucoup
- mais l'un à s'en tordre le cou -,
inventant cependant le terme
qu'éclaire depuis sa lanterne,
dessus ces vers hypertrophiés
pour hasard dactylographié.

Lorsque la forme rend le fond
comme un vomi d'où se défont
par bribes de traits, les vers bleus,
portés par leurs replis sableux,
dès lors se forme le dessin
qui fut conquis par le dessein
de cet écrit que lui contient,
pour un entier soudain qu'on tient.

Point n'est besoin de faire un foin
d'avoir le calligramme inné !
J'ai dévêtu devant la paille
des poutres que nos yeux empaillent,
et des taxis épidermiques
frappés de la même mimique,
tout cela pour tracer « l'unique »
de ces poèmes symphoniques.

Or, c'est en eux que j'éprouvai
le plaisir qu'eux seuls me prouvaient,
tant dans l'écrit que dans l'avoir,
à la secousse de les voir ;
et si nos vies sont telluriques,
pétries souvent d'acide urique,
et si parfois plus ne m'est rien,
je reste calligrammairien.




Calligramme de Michel P©2009

mardi 24 novembre 2009

Simulateur de viol

Le vol à voile est au planeur,
le viol en voile est au spleeneur,
en voile impudique à la scène,
théâtre des passions malsaines.
En voile d'une pluie moisie
dont le rideau sans lui, moi si !
ne décrit plus rien d'autre que
des goûts déplus et variqueux.

Parler de soi, c'est une impasse !
si l'on oublie que le temps passe,
et qu'au présent les confessions
du trouble et de la contention,
conduisent à des camisoles,
comme on dit que la came isole :
l'égocentrisme est la prison
des chansons que nous méprisons.

Pleurer sur soi se fait en douce,
loin des regards, lorsque l'on tousse,
qu'on est rongé par un cancer
aux métastases chélicères ;
la poésie est pour la vie
qui reste, en cultivant l'envie
de l'autre, en l'emmenant ailleurs
des tombes dont on a tailleurs...

J'ai tant traîné sur Internet :
j'ai découvert de grands poètes
et d'impudents imitateurs
de nos géniaux agitateurs.
Nul ne s'invente Baudelaire
et le spleeneur dans son enfer,
des vers dont il se patafiole,
est un simulateur de viol !

jeudi 19 novembre 2009

Le cordon




Ce matin-là je n'eus pas, las,
faveur inaugurale, hélas,
de me voir couper l'ombilic
de père au vague à lame oblique ;
relié de trop près à sa mère,
comme un beau cadeau métamère,
je laissai donc à son office
celle qui me tendit mon fils.

Ce sont passés déjà neuf ans,
le temps passe comme le vent,
mais laisse son empreinte ignée
mieux que fers aux œuvres signées,
mieux que forceps, accouchement,
mieux que biceps en couches ment,
mieux que je ne saurais l'écrire,
moins bien que l'amour qu'il inspire.

Ce matin pluvieux de novembre,
quand d'une idée vinrent des membres
et l'âme qui les accompagne
du ventre rond de ma compagne,
je n'eus d'éclaircie que l'azur
des bleuets de son regard pur,
et de mes larmes contenues
le bain de ce petit corps nu.

Ce sont passés déjà neuf ans,
le bébé garçon devenant,
marchant, parlant, pleurant, pêchant,
sans que jamais ne m'empêchant
nul éloignement de chevet,
de ce que filiation revêt,
ni nulles lieues de sacrifice
à le considérer mon fils.

Ce matin pluvieux de l'automne
et dont Verlaine fit des tonnes,
il reste à nous tant que l'on tord
entre messieurs Pratt et Victor,
les doux mouchoirs de ton prénom
et les espoirs dont tu pris nom,
comme les linges qu'on essore
du premier bain dont j'eus le sort...

Ce sont passés déjà neuf ans,
pourtant, de ce premier levant,
ce sont tant d'autres à venir
qu'il faut songer à l'avenir.
De mon amour inexpugnable,
je dois t'écrire l'indéniable :
il nous faudra couper, mon fils,
le cordon pour que tu grandisses.